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Hamlet au Théâtre de la Bastille, réjouissant

16 janvier 2020
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© Gilles Le Mao

L’adaptation de ce Hamlet magnifiquement shakespearien est monté par la compagnie Kobal’t dans la mise en scène de Thibault Perrenoud. On s’amuse hautement sous un carambolage de questions métaphysiques parsemé de poésie et de modernité. Divertissement garanti avec toute la gamme des profondeurs.

Il est rare qu’une pièce de Shakespeare, et notamment Hamlet qui est une des plus longues et des plus sacralisées, soit proposée dans l’esprit de l’auteur, à savoir une écriture au plateau par et avec une bande de copains comédiens qui voulaient toucher tous les publics avec les sommets des questionnements humains tout autant que ses trivialités. Ici c’est chose faite, le public virevolte entre sérieux et rire, partageant au plus près, y compris physiquement, ce tourbillon. Comme dans le théâtre élisabéthain, les spectateurs sont disposés sur trois fronts qui entourent la sphère de jeu, certains étant installés à des tables au premier plan, les autres sur des gradins. Ils sont régulièrement interpellés, chahutés avec adresse entre illusion et réalité, et quelques-uns sont amenés brièvement à se déplacer pour un changement de décor à vue. C’est un espace de fête qui est proposé. L’option voulue par la troupe réside dans cette ambiance qui rend pleinement vivantes et accessibles les interrogations multiples qui jalonnent la pièce. Rien n’est occulté et on gagne en plaisir grâce à une adaptation qui ramène audacieusement le spectacle à deux heures avec cinq comédiens sur le plateau, tous ayant plusieurs rôles, sauf Hamlet ainsi que le formidable et truculent Horatio.

© Gilles Le Mao

La traduction inspirée de Clément Camar-Mercier  est un condensé savoureux des facettes existentielles et politiques et des envolées grivoises, jusqu’aux cimes où se rejoignent folie et beauté. Elle offre au public ce savant mélange dans un rythme constamment relancé, riche en ruptures, donnant un relief qui tient en haleine de bout en bout, déclenche la joie et le ravissement. C’est Thibault Perrenoud, metteur en scène et interprète d’Hamlet, qui a orienté et voulu cette adaptation. L’étroite collaboration est incontestablement fructueuse et visible dans l’éblouissant jeu des comédiens qui épousent la richesse et l’éclat du propos. Tous les thèmes s’enchainent dans une spirale légère qui ne laisse aucun spectateur à l’écart. La notion troublante et psychanalytique de filiation est d’autant mieux soulignée que plusieurs comédiens ont deux rôles, Gertrude et Ophélie, Claudius et le fantôme, Polonius et Laërte. Incarnant des hommes politiques ou diplomates d’aujourd’hui, ils traduisent avec un jeu dynamique, complexe, généreux et haletant, la farce tragique du pouvoir. La seule femme, Aurore Paris, joint la grâce à l’entrain et Hamlet interprété par Thibault Perrenoud, au milieu de ces figures qui sont toutes captivantes, conjugue avec une irrésistible énergie, la force à la raillerie, le courage à l’hypersensibilité. Il renouvelle admirablement la stature de ce personnage. Il lui restitue sa dimension où folie, rêve et jeu se chevauchent jusque dans le risible. Pour tous ceux qui connaissent ou veulent découvrir Hamlet, tous publics confondus y compris jeunes spectateurs, cette adaptation rafraîchissante par une troupe qui rend le drame terriblement drôle, est une garantie de vraie et forte rencontre.

Emilie Darlier-Bournat

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